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RDC : Le silence des tombes - Quand enquêter sur la présence militaire rwandaise devient mortel

Tshopo06 avril 20260 commentaire
RDC : Le silence des tombes - Quand enquêter sur la présence militaire rwandaise devient mortel

Dans l'est de la République démocratique du Congo, une guerre fantôme fait ses victimes. Pas seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans l'ombre des bureaux d'enquête, des commissariats de police et des routes de campagne. L'affaire est d'une gravité exceptionnelle : deux journalistes rwandais ont payé un prix terrible pour avoir tenté de faire la lumière sur la mort de soldats de l'armée rwandaise (RDF) sur le sol congolais.

Novembre 2022, Samuel Baker et John Williams Ntwali posent le pied à Goma avec une mission claire : comprendre ce qui est arrivé aux militaires rwandais tombés dans l'est de la RDC. Leur enquête, menée dans le cadre du réseau international Forbidden Stories, vise à documenter une réalité que Kigali s'évertue à nier. Leur méthode est classique mais risquée : recoupements de témoignages, collecte de documents, interviews de sources sur le terrain. Ce qu'ils découvrent dépasse leurs attentes. Des familles de soldats parlent de corps rapatriés dans le secret, de funérailles tenues dans l'opacité la plus totale, de morts "en service" qui masquent des décès survenus bien au-delà des frontières rwandaises. Le cas de "Paul" (prénom d'emprunt) illustre parfaitement ce système. Ce jeune soldat rwandais, officiellement "mort en service", aurait en réalité trouvé la mort sur le territoire congolais. Son corps, rapatrié avec des semaines de retard, a été inhumé dans un silence imposé. Sa famille, terrorisée, a renoncé à poser des questions. La répression frappe à Kigali De retour au Rwanda, la chasse est ouverte. Samuel Baker est interpellé, interrogé longuement par les services de sécurité. La pression est telle qu'il doit fuir son propre pays pour préserver sa liberté, voire sa vie. L'exil devient son seul horizon. Deux mois plus tard, en janvier 2023, John Williams Ntwali meurt dans un "accident de la route". Les circonstances, jugées troubles par ses confrères et les organisations de défense des journalistes, n'ont jamais été pleinement élucidées. Pour beaucoup, il s'agit d'un assassinat déguisé, le dernier avertissement lancé à quiconque oserait fouiner dans les secrets militaires de Kigali. Le déni persistant de Kigali Face aux accumulations de preuves, le régime de Paul Kagame maintient une posture de déni absolu. Le président rwandais, suivi par son ministre des Affaires étrangères Vincent Biruta, répète inlassablement qu'aucune troupe rwandaise n'est déployée en RDC. Cette position, pourtant contredite par de multiples rapports internationaux notamment ceux du Groupe d'Experts des Nations Unies et de divers think tanks spécialisés semble figée dans le marbre de la communication d'État rwandaise. Le mécanisme est bien rodé : nier, décrédibiliser les sources, attaquer les messagers. Une guerre non-assumée et ses conséquences humaines Ce que révèle l'enquête de Forbidden Stories, relayée par ces journalistes courageux, c'est l'existence d'un conflit par procuration qui ne dit pas son nom. Des jeunes Rwandais meurent loin de chez eux, dans une guerre que leur pays refuse d'accepter. Leurs familles, privées de vérité et de deuil public, deviennent des victimes collatérales d'une stratégie de désinformation d'État. Pour la RDC, cette réalité n'est pas nouvelle. L'est du pays subit depuis des années une instabilité chronique, alimentée par des groupes armés dont plusieurs sont accusés de liens avec Kigali. La présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) est souvent invoquée par le Rwanda pour justifier des interventions militaires, officiellement défensives, officieusement offensives. L'Impunité en question L'affaire Baker-Ntwali pose une question cruciale : jusqu'où le silence international permettra-t-il à Kigali d'étouffer les voix dissidentes et de nier ses engagements militaires ? La communauté internationale, obsédée par l'image de "succès africain" que le Rwanda projette, semble souvent fermer les yeux sur ces dérives autoritaires. Les organisations de défense des droits humains, de Reporters sans frontières à Human Rights Watch, ont pourtant à plusieurs reprises alerté sur la répression systématique des voix critiques au Rwanda. La mort de Ntwali s'inscrit dans une lignée tragique : depuis le génocide de 1994, le pays n'a jamais toléré la dissidence, transformant l'unité nationale en justification de l'autoritarisme. Vers une reconnaissance internationale ? Pour les autorités congolaises, ces révélations viennent conforter leur position. Le gouvernement de Kinshasa, par la voix de ses porte-parole, n'a de cesse de dénoncer l'agression rwandaise. Mais la diplomatie congolaise peine à traduire ces accusations en sanctions concrètes, face à un Rwanda soutenu par des puissances occidentales considérant Kigali comme un partenaire stable en région des Grands Lacs. L'enquête de Forbidden Stories, en documentant les morts de soldats rwandais sur le sol congolais, apporte une pierre supplémentaire à l'édifice de la vérité. Mais elle rappelle surtout le prix du sang versé pour faire éclater cette vérité : deux journalistes, une vie brisée, une autre fauchée. Dans l'est de la RDC, la guerre continue de tuer, même dans le silence. Les tombes anonymes de soldats rwandais, les routes mortelles pour les enquêteurs, les familles muselées par la peur : autant de victimes d'un conflit que l'on refuse de nommer. L'affaire Baker-Ntwali n'est pas qu'une histoire de journalisme dangereux, c'est le révélateur d'une réalité géopolitique que les dénégations officielles ne parviennent plus tout à fait à masquer. Le temps viendra peut-être où les archives s'ouvriront, où les familles pourront pleurer publiquement leurs morts, où la vérité éclatera au grand jour. D'ici là, le devoir de mémoire incombe à ceux qui, comme Samuel Baker et John Williams Ntwali, ont risqué et parfois donné leur vie pour que la lumière pénètre l'obscurité. Cet article s'appuie sur les travaux du réseau Forbidden Stories et des témoignages recueillis par nos confrères journalistes. La rédaction salue la mémoire de John Williams Ntwali et exprime son soutien à Samuel Baker, contraint à l'exil pour avoir fait son métier.

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